Algérie, une seconde révolution? (23)

26 mai 2011

Lu pour vous dans EL WATAN

le 02.06.11

De nombreux blessés parmi les résidents

Répression Trop, c’est trop !

La place du 1er Mai a connu, hier, un long après-midi où des forces antiémeute ont réprimé la manifestation des médecins grévistes avec une violence inouïe.

Des centaines d’agents antiémeute vont et viennent en frappant sans retenue, des casques bleus armés de boucliers donnant des coups de godasse à tout-va, des camions-canons à eau postés à l’entrée de l’hôpital Mustapha en guise de menace extrême et des citoyens choqués observant la démonstration de force de cette police qui franchissait à ce moment même une nouvelle étape dans ses stratégies de répression.

Sa cible : les médecins résidents qui ont réussi à quitter l’hôpital pour observer un rassemblement pacifique en vue d’exprimer leur colère contre les propos tenus par Ahmed Ouyahia deux jours plus tôt.

«Ce n’est pas un pays qui se respecte ! C’est grave, on demande pacifiquement nos droits et la violence est la seule réponse qu’on reçoit», crie un médecin, dont la blouse est tachée de sang.

Il n’est plus au cœur des affrontements entre médecins et policiers, mais ses mains blessées tremblent encore. Il est 15h30, épuisé par une résistance qui a duré des heures, il se laisse tomber par terre, impuissant face au spectacle de ces centaines d’agents antiémeute qui tabassent ses collègues.

Un peu plus loin, un groupe de médecins en retrait hurle : «Y a lil aar le policier wela hagar !» (La honte, nos policiers deviennent des bourreaux). Rien n’y fait. La police continue ce qu’elle a déjà commencé il y a près d’une heure : donner des coups, pousser, insulter, menacer pour débusquer les centaines de manifestants encerclés de toutes parts.
Ziari regrette le dérapage d’Ouyahia
Tout a commencé à 11h au sein même de l’hôpital Mustapha où un sit-in organisé par le collectif des médecins résidents se tenait. «Nous avons tenu notre piquet de grève et en tentant de sortir de l’hôpital, les casques bleus nous ont pris d’assaut à l’intérieur même de l’hôpital. Ils ont commencé par nous pousser. A ce moment-là, quelques médecins se sont retrouvés par terre ; ils se sont mis à les piétiner et à donner des coups de pied», raconte une résidente encore bouleversée par l’émotion. Dr Islem Sifaoui fait partie de ces résidents qui se sont retrouvés à terre.

Il a reçu des coups de godasses au visage : 5 points de suture et des douleurs partout sur le corps. «Dès que je suis tombé, des policiers se sont rués sur moi. Ce sont mes collègues qui m’ont sauvé en me tirant vers eux. C’était tout simplement horrible», confie-t-il le regard plein d’amertume et de déception. «Bac+ 12 ? Et alors ? On s’en fout de leurs revendications, il est interdit d’occuper l’espace public !» s’écrie, placide, un commissaire en manipulant son talkie-walkie. Après cette première séance de matraquage qui a eu lieu entre midi et 13h, un groupe d’environ 300 résidents réussissent à rejoindre la rue Hassiba Ben Bouali pour marcher jusqu’à l’APN.

Ils seront, là-bas aussi, accueillis par des coups de godasses avant d’être reçus par le président de l’APN, Abdelaziz Ziari. «Il nous a signifié qu’il regrettait le dérapage verbal du Premier ministre Ouyahia qui l’avait lui-même choqué. Il nous a attentivement écoutés et a plaidé pour un moratoire sur la question du service civil», explique le Dr Yelles.
A 15h, ils rejoignent alors les 300 résidents qui les attendent à l’entrée de l’APN et serrent leurs rangs pour regagner la place du 1er Mai. Dès que les premiers échos des résidents reçus par Ziari parviennent à la place du 1er Mai, l’euphorie et la motivation redoublent dans les rangs des médecins encerclés.

Les rumeurs et les mots d’ordre font tourner toutes les têtes. On parle du cortège présidentiel bloqué à la Foire internationale à cause des médecins et de menace de recourir à la violence à tout prix pour arrêter ce mouvement.
Bastonnade aveugle
Les policiers s’agitent, mais restent en stand-by. Dès que le groupe de résidents reçus à l’APN arrive, la bastonnade, les injures et les menaces commencent. Tout le monde y passe, les jeunes qui regardent de trop près, les journalistes et les photographes soucieux de bien couvrir l’événement et bien sûr les blouses blanches animées par une détermination grandissante. En une demi-heure, les casques bleus, aidés par les agents de la BRI, repoussent violemment les 500 médecins qui occupaient la place à l’intérieur de l’hôpital. Quatre résidents sont alors arrêtés et traînés de force au commissariat.
La police reprend le contrôle des lieux, mais les blouses blanches n’en démordent pas pour autant. «Nous allons prendre contact avec des avocats, un officier m’a même promis que je ne dormirai pas chez moi ce soir, cette violence et ces menaces sont inadmissibles ! On ne s’arrêtera pas là», s’exclame Dr Yelles au moment même où les quatre médecins arrêtés après la bastonnade ont été relâchés, à 19h.
A l’origine de cette séance de bastonnade, un sit-in pacifique organisé pour s’indigner contre les propos jugés «méprisants» du Premier ministre qui a accusé les médecins résidents, en grève depuis près de deux mois, de manquer de patriotisme et de tourner le dos à leurs malades.
Une colère à laquelle s’ajoute le sentiment d’injustice et d’indignation contre la police.

Fella Bouredji


Lu pour vous dans EL WATAN

le 26.05.11

Pas de printemps arabe sans les femmes

Elles étaient des centaines à être dans les rues. De Rabat à Manama en passant par Tunis, Le Caire, Tripoli ou Damas, les femmes arabes ont tenu un rôle parfois majeur dans les bouleversements que connaît la région. Ces actrices des révoltes et révolutions arabes auront participé à écrire une nouvelle page dans l’histoire de la lutte des peuples pour la liberté, la dignité et la justice. Sauront-elles écrire une autre page d’histoire, celle de la lutte pour les droits des femmes ?

Tunisie :

Précurseur du printemps arabe, la Tunisie est un modèle en matière des droits des femmes dans la région. Source de sa fierté, le code du statut personnel a donné aux femmes le droit de vote en 1956, aboli la polygamie et instauré l’égalité en matière de divorce. Depuis, le statut des femmes n’a cessé de s’améliorer. Mais au lendemain de la révolution, les féministes craignent une régression en matière des droits des femmes. C’est pourquoi toutes s’accordent à rappeler qu’«il ne peut pas y avoir de démocratie sans l’égalité homme-femme». Pour Lina Ben Mhenni – la plus célèbre des bloggeuses tunisiennes – au lendemain de la chute du régime, «certains extrémismes ont été renforcés et les forces de la contre-révolution telles que les milices de l’ex-régime, sont une vraie menace pour les femmes. Ils ne veulent pas qu’on prenne la parole et préfèrent qu’on reste à la maison. En tant que blogueuses, on se fait insulter, tabasser dans la rue, ce qui n’était pas le cas avant. Il y a une violence de représailles», déclare-t-elle sur le site auféminin.

Mais cela ne fera que renforcer sa détermination de se battre pour les droits des femmes. «La priorité aujourd’hui est de conserver nos acquis, qui peuvent être en danger. Oui, la Tunisie est un pays plutôt avancé en la matière, mais j’ai vraiment peur qu’on recule. Avant le 14 janvier, je réclamais l’égalité dans les lois d’héritage. Maintenant, je milite pour conserver le droit d’hériter !», explique-t-elle. Et de poursuivre : «Les femmes ont joué un très grand rôle dans cette révolution, certaines ont été tuées ou violées. Elles ont tout donné pour la Tunisie et la démocratie. On leur doit de protéger nos droits.»

Lina n’est pas la seule à s’inquiéter, Naila Jrad, féministe tunisienne, mettait en garde, dans les colonnes de Attariq El Jadid, le 29 janvier dernier, contre la menace islamiste : «Un danger menace donc les droits des femmes et leur statut dans la société du fait de la présence sur la scène politique de partis à référents religieux qui, bien que se présentant actuellement comme des démocrates, ont toutefois la caractéristique de ne pas considérer que les femmes ont les mêmes droits que les hommes.» Malgré la crainte des Tunisiennes, la parité électorale homme-femme a été instaurée le 11 avril dernier. Avec un taux de 23% de femmes députées, la Tunisie est désormais à l’avant-garde en ce qui concerne la participation des femmes à la vie politique.

Maroc :

Pour répondre aux revendications du Mouvement du 20 février, le Maroc a entamé une série de réformes politiques et constitutionnelles. C’est dans ce climat que la coalition du «Printemps féministe pour la démocratie et l’égalité» est née le 11 mars dernier. A l’appel de la coalition, des centaines de Marocains ont participé, le 1er mai dernier, à la marche pour la constitutionnalisation de l’égalité effective entre les femmes et les hommes dans tous les droits. Pour Mme Aïcha Aït Mhand, présidente de l’Association démocratique des femmes du Maroc, et membre de la coalition, «le chantier de la réforme de la Constitution étant ouvert, c’est l’occasion pour nous de revenir à la charge et d’exiger que la Constitution garantisse l’égalité effective entre les hommes et les femmes dans les droits civils et non devant le droit ainsi que le principe de la non-discrimination».

La question de la femme étant très liée à celle de la religion, les féministes marocaines revendiquent également «la sécularisation du droit». Mme Aït Mhand souligne l’importance d’expliquer ce principe qui fait peur à la population. «Ce n’est ni la négation de l’Islam ni la laïcité à la française, il signifie que toutes les législations doivent être promulguées par les canaux officiels, et non par le fameux Majliss el Ouléma comme pour le code de la famille», explique-t-elle. «Nous devons être dans le référentiel universel et respecter les différentes chartes dont nous sommes signataires», insiste Mme Aït Mhand. Et d’ajouter que c’est dans le cadre d’une réforme globale et transversale de la Constitution et l’instauration de la séparation des pouvoirs, qu’une égalité effective sera concrète.

L’exclusion des femmes des réformes n’est pas à craindre, selon la présidente du ADFM : «Le mouvement féministe a eu l’intelligence d’investir les différentes associations des droits humains et les partis politiques, une désolidarisation a très peu de chance d’avoir lieu.» Quant à la menace extrémiste, Mme Aït Mhand estime que «le risque existe toujours puisque les conservateurs ont été reçus, au même titre que les féministes et les composantes de la société civile marocaine, par la commission en charge de la réforme de la Constitution», mais «le Maroc est parti sur une voie démocratique depuis 10 ans, aujourd’hui, il ne faut pas revenir en arrière», précise-t-elle.

Algérie :

Aïcha Dahmane Belhadjar. Présidente du Forum international de la femme musulmane : Des Egyptiennes qui revendiquaient des droits, pourtant dans le cadre de l’Islam, ont été violentées le 9 mars dernier…

A. D. B. Les fruits des révolutions peuvent être confisqués. Les femmes doivent maintenant être prudentes et penser à affirmer leur présence dans toutes les institutions pour garantir le changement sur tous les plans, y compris en matière de droits des femmes.

N. M. (Nassera Merah. Chercheure universitaire féministe) Les féministes ont toujours fait l’objet d’insultes. Quelque part, les femmes islamistes derrière le voile se donnent, en plus d’une certaine légitimité religieuse, une protection contre ce genre d’intimidation. Sans vouloir rentrer dans la psychologie, une espèce menacée développe naturellement des moyens de se protéger.

-Les femmes auraient-elles dû inclure des revendications spécifiques à leur statut dès le début du mouvement ?

A. D. B. Ces révolutions étaient spontanées. Il était difficile de penser à tous les détails. Aussi, ce n’est pas seulement un combat de femme, c’est aussi celui des hommes. Il s’agit de défendre l’être humain ! Si les femmes algériennes ne s’étaient pas engagées durant la révolution, l’Algérie n’aurait pas connu l’indépendance. De même, on ne peut pas exclure les hommes quand on parle des droits des femmes. Dans toutes les réunions, colloques et autres occasions où l’on parle des droits des femmes, ce sont des femmes qui parlent des femmes aux femmes. Il s’agit d’un monologue. Or, on doit impliquer l’homme dans ce combat comme la femme est impliquée dans tous ce que l’homme entreprend.

N. M. Tout combat doit mettre comme préalable la question des femmes. Que des femmes militent pour le changement sans mettre en avant leur statut, cela ne sert à rien. Celles-ci doivent adhérer aux partis avec leurs propres conditions et ne voter que pour ceux qui mettent des femmes en tête de liste. Les formations politiques se verront alors obligées de recruter des femmes, leur nombre sera important et les plus compétentes feront leurs preuves. Sinon, on sera toujours dans la cooptation.

-Les lois algériennes garantissent-elles les droits des femmes ?

A. D. B. Quand on essaie à la fois de répondre aux exigences des instances internationales ainsi qu’aux besoins spécifiques de la société algérienne, cela donne des lois hybrides aux conséquences négatives. Les amendements du code de la famille algérien de 2005 en sont une illustration. Aussi, la mauvaise interprétation des textes religieux a fait que la religion soit instrumentalisée afin de porter atteinte aux femmes, mais cette instrumentalisation porte atteinte à la religion elle-même. Nous sommes un peu responsables de l’image négative que l’Occident a de nous.

N. M. Il faut des lois volontaristes. Les partis politiques n’ont rien fait pour améliorer la condition féminine. Les mesures qui ont été prises dans ce sens ont été promulguées par ordonnance du Président. Je soulignerai cependant que le droit de vote des femmes lui n’ont plus n’a pas été l’œuvre des démocrates ou des intellectuels. Les avancées en matière de droits des femmes relèvent d’une volonté politique qui ne vient pas forcément de la démocratie.

-L’une de ces mesures est le quota de 30% de sièges réservés aux femmes dans les assemblées élues…

A. D. B. J’ai des réticences quant à la politique des quotas. Ce sont les compétences qui doivent occuper les postes-clés. Ensuite, comment appliquer cette mesure dans les APC ? Il sera difficile dans certaines communes du pays de trouver 30% de femmes, lettrées, compétentes et engagées. N’empêche, c’est un pas en avant. Les femmes actives qui militent pour les droits des femmes et pour une société évoluée doivent saisir cette occasion pour s’engager et remplir ainsi le quota, sinon, nous serons représentées par des incompétentes.

N. M. C’est le minium requis par les instances internationales. C’est aux partis maintenant de prouver qu’ils sont capables de mobiliser 30% des femmes. Ils prétendent représenter le peuple et excluent plus de la moitié de la population, car les femmes ne seraient ni politisées ni compétentes. Je m’interroge sur la compétence des partis qui existent depuis plus de 20 ans, qui ont réussi à démobiliser des milliers de femmes alors qu’elles étaient engagées à l’époque. Ils ont profité du mouvement des femmes pour se faire propulser, avant d’écarter non seulement les féministes de leurs partis mais également les femmes qui y adhéraient.

Arabie Saoudite :

Dans une société avide de réformes, des femmes ont créé une page Facebook «La révolution des femmes saoudiennes». Depuis, les actions pour le changement se multiplient. Ainsi, des dizaines de Saoudiennes ont répondu à l’appel à la marche, en mars dernier, réclamant une citoyenneté pleine et entière. Dans un pays où les femmes ont besoin de l’autorisation d’un tuteur masculin pour effectuer le moindre mouvement, la marche est une révolution en soi ! Déterminées à faire valoir leurs droits, des Saoudiennes se sont rendues le 23 avril dernier dans un centre d’enregistrement des électeurs aux municipales à Jeddah, pour revendiquer le droit de participer au scrutin dont elles sont exclues.

Une importante campagne pour la levée de l’interdiction de conduire pour les femmes, dont Manel El Sherif s’est faite la porte-parole, est également en cours. Ses vidéos, postées sur Youtube et Facebook, la montrant en train de conduire sont un coup de gueule attestant du malaise social féminin. Mais une telle action n’est pas sans risque dans ce royaume ultraconservateur. La jeune femme a été arrêtée le 21 mai dernier. Ce n’est pas ce qui arrêtera les femmes saoudiennes ! Ces dernières promettent de prendre le volant de leurs voitures le 17 juin prochain. Le nombre de Saoudiennes possédant un permis serait suffisant pour que l’action fasse son effet. Une révolution des femmes est peut-être en marche en Arabie Saoudite même si le combat s’annonce difficile.

Yémen :

Au pays de Nojoud Ali, cette fillette de 10 ans, qui a réussi à obtenir le divorce en 2008 et à soulever la problématique des mariages des petites filles, les femmes font encore face à des pratiques d’un autre âge. Mais depuis bientôt cinq mois, elles défient les normes sociales pour se joindre à la contestation. Drapée de noir ou en hidjab, elles ont ainsi défilé aux côtés des hommes, une première ! La bloggeuse et journaliste Afrah Nasser, 24 ans, s’en réjouissait sur son blog : «Les femmes yéménites ne marchent jamais aux côtés des hommes, mais je l’ai fait, et c’était merveilleux ! Je n’ai eu que des regards de respect et d’attention de la part des manifestants.» Dans une tentative de casser leur mouvement, le président contesté Ali Abdallah Saleh a dénoncé, le 15 avril dernier, «la mixité illégale des hommes et des femmes» lors des manifestations.

Raté ! Malgré l’agression de quelques femmes pour avoir manifesté avec des hommes, les islamistes ont appelé les femmes à rester mobilisées «pour le bien de la révolution». Elles seraient d’ailleurs plus nombreuses selon la bloggeuse A Woman From Yemen,à scander «Contestation, contestation, ô Ali, tout sauf notre honneur» ou encore «Ô gouvernement idiot, la fille du Yémen est honorable !» Même si désormais, des couloirs leur sont réservés pendant les marches, pour certains, le changement a déjà eu lieu. Afrah Nasser le confirme dans son blog en publiant des photos d’elle en compagnie de ses amies dans un café : «C’est le nouveau Yémen, celui où des femmes peuvent apprécier un thé dans un café d’hommes.»

Egypte :

Défiant tabous et stéréotypes, les Egyptiennes se sont imposées comme de véritables actrices de la révolution en participant massivement aux rassemblements à la place Tahrir dès le début de la révolution. «Comme les hommes, des femmes ont sacrifié leur vie pour l’Egypte, jamais elles n’ont pensé qu’elles étaient inférieures aux hommes ou incapables de renverser le régime», écrit Shahinaz Abdel Salam dans son blog Wa7damasrya. Au premier plan pendant la révolution, les femmes seront «écartées des groupes de protection de la révolution, du comité pour la révision de la Constitution ainsi que du nouveau gouvernement», constate la bloggeuse amèrement, et de regretter : «Certains, dont des militants, parlent de quotas et de discrimination positive, au lieu de parler du droit fondamental de la femme à la représentativité.» «C’est la première fois depuis la révolution que je ressens de la discrimination parce que je suis femme», déplore-t-elle.

Pourtant, Shahinaz n’est pas au bout de ses surprises. Le 9 mars, alors que des femmes sont sorties réclamer leurs droits, elles sont attaquées par des groupes d’hommes. Certaines sont arrêtées, maltraitées et forcées de subir des tests de virginité pour échapper à une condamnation. Malgré cet «incident», peut-on espérer un changement pour les femmes au lendemain d’une révolution où les islamistes étaient les grands absents ? Mona Prince, 40 ans, professeure de lettres à l’université Canal de Suez, reste confiante : «La révolution nous a surpris. Ce qui s’est passé est nouveau et créera ses dynamiques. A chaque fois que nous perdons espoir, quelque chose de positif se produit. Pendant les jours que j’ai passés à la place Tahrir, je n’ai ressenti aucune discrimination ou injustice à mon égard, bien que je ne sois pas voilée, que je fume et que j’embrasse mes amis. Nos droits se concrétiseront. C’est une question de temps et de persévérance. Je ne m’inquiète pas pour le futur de l’Egypte. Ce sera un Etat civil et un Etat de droit», nous confie-t-elle.

Mehdia Belkadi


Lu pour vous dans EL WATAN

le 26.05.11

Suite à l’interview que l’éminent historien nous a accordée

Les précisions de Mohamed Harbi

Suite à l’interview qu’il a eu l’amabilité de nous accorder, et parue dans l’édition d’El Watan du jeudi 26 mai 2011, l’historien Mohamed Harbi a tenu à apporter les précisions et le complément d’informations suivants :

«J’ai pris connaissance de l’interview que je vous ai donnée. Permettez-moi d’y apporter quelques précisions :

1/Le choix des titres et des sous-titres a été fait par la rédaction. Je n’en suis donc pas le responsable.

2/ Je ne pouvais dire que « les archives françaises qui seront ouvertes en 2012 « sont sensibles et explosives » ». Elles sont accessibles depuis plusieurs années mais elles ne sont pas toutes libres à la consultation.

3/ La mise en cause d’un dirigeant de premier plan comme Krim par Bentobbal, dont les « Mémoires » gagneraient à être rendues publiques, doit être contextualisée. Elle est intervenue après la mini-crise de direction qui a suivi le meurtre d’Abane Ramdane. Si j’ai évoqué cet épisode, c’est pour mentionner qu’il y a dans la sphère politique des antécédents aux règlements de compte selon des méthodes maffieuses et non pour discréditer un homme à qui l’Algérie doit beaucoup. De tels épisodes ne doivent pas être occultés si on veut « civiliser » et réguler le jeu politique.

4/ la réponse à la question sur « les trois tabous » que vous avez évoqués appelle une clarification. En occultant une partie de son histoire, l’Algérie s’est condamnée elle-même à l’enfermement. Prenons par exemple l’histoire de l’Eglise d’Algérie. Les tentatives d’évangélisation ont laissé chez les Algériens vaincus des souvenirs douloureux. Est-ce une raison pour taire les efforts de cette église pour s’algérianiser et s’intégrer à la nation, le rôle de ses prêtres et de ses séculiers dans la résistance ? Ce faisant on a laissé la porte grande ouverte au fanatisme,  à l’intolérance et aux assassinats.  C’est en pensant aussi à cela que j’ai répondu à votre question sur les trois tabous. Le remède aux dérives du fanatisme religieux est complexe. Il requiert un système éducatif autre, un personnel enseignant gagné aux valeurs humanistes et un aggiornamento de l’islam.

Sur la question des harkis, je me suis souvent exprimé. Je ne plaide pas, comme pourraient le croire des gens de mauvaise foi, l’innocence. Mais un historien sérieux et un patriote soucieux de la cohésion nationale ne peuvent pas accepter dans l’examen d’une question coloniale la mise en œuvre d’une grille d’explication privilégiant le couple collaboration-résistance. Il est grand temps d’arracher le destin de l’Algérie au flot des légendes pieuses et « aux brumes des mythologies  qui le masquent de toute part ». Il ne faut pas oublier qu’au-delà de ce qu’on appelle parfois légitimement la collaboration, l’attitude des Algériens s’est surtout caractérisée par une multitude de tactiques visant à s’y soustraire, tactiques qui expliquent l’échec de l’Etat colonial à parfaire sa domination sur notre société.

5- Une vision saine de l’attitude des Algériens pendant la guerre de Libération doit inclure toutes les données disponibles.

Je reproduis, ci-joint un tableau établi par le Professeur C.R. Ageron, tableau qui appelle débat, confrontation et éventuellement correction.

«Musulmans algériens» appelés dans l’armée française de 1956 à 1961 (inclus)

Assujettis :                                                                              environ 600 000

Convoqués devant les conseils de révision                                     402 830

Incorporés

En six ans (1956-1961)                                                                      107 455 ( ?)

Total cumulé de 1952 à 1962                                                           123 000

Incorporés (autre source)

1956 : 9 100

1957 :  14 000

1958 :   15 900

1959 :  28 800

1960 :  26 500

1961 :  22 260

Total :   116 560

Déserteurs

De novembre 1954 à mars 1962 :  11 275 ( ?)  ou  14 739 ( ?)

Militaires de l’ALN « ralliés » aux forces françaises ou retournés (jusqu’en janvier 1962) : 6 122

Recensement du ministère algérien des anciens combattants (établi en 1974)

Ayant appartenu à Vivants Tués Total
l’Armée de libération nationale 60 895 71 395 132 290
l’organisation civile du FLN 122 990 81 468 204 458
Total 183 885 152 863 336 748

Effectifs globaux de Musulmans algériens servant dans des formations dites civiles ou militaires du côté français.

I-Formations militaires (appelés, engagés, militaires d’active, officiers, sous-officiers, hommes de troupes)

au 1er janvier 1956          37 000             au 1er janvier 1959         41 500

au 1er janvier 1957          20 000             au 1er janvier 1960         53 500

au 1er janvier 1958          25 000             au 1er janvier 1961         61 500

II- Supplétifs civils ou militaires

au 1er janvier 1956           4  300             au 1er janvier 1959         73 000

au 1er janvier 1957          34 500             au 1er janvier 1960         118 350

au 1er janvier 1958          50 000             au 1er janvier 1961         116 000

total au 1er novembre 1960 :                                       177 500 hommes

Effectifs de l’ALN évalués au 1er novembre 1960 par le Deuxième Bureau :

46 500 dont   9 000 au Maroc

17 500 en Tunisie

20 000 en Algérie

Effectifs des soldats de l’ALN tués au combat (source militaire française)

2e Bureau                                                            3e Bureau

1954 :    76

1955 :   2 786

1956 :   16 553

1957 :   32 088

1958 :    30 686

1959 :    26 339

1960 :     19 723

1961 :     13 253

Total officiel :    141 504                              total pour 1954-1962 :    143 678

A comparer avec les  152 863 combattants civils et militaires enregistrés par le ministère algérien.

Mohammed Harbi


Lu pour vous dans EL WATAN

le 26.05.11

Juifs d’Algérie, harkis et pieds-noirs

«Si ces questions avaient été traitées, on n’aurait pas eu l’islamisme»

– M. Harbi, il y a trois tabous qui sont peu abordés en évoquant les conséquences de la guerre de Libération nationale. Le premier est la question juive, le second tabou a trait à la question des harkis, et le troisième, à la place des pieds-noirs qui sont partis massivement après 1962. Vous avancez le chiffre de 10 000 juifs qui se sont retrouvés apatrides au lendemain de l’indépendance, en raison du fait, dites-vous, qu’ils n’étaient pas touchés par le décret Crémieux et aussi parce qu’ils n’ont pas eu droit à la nationalité algérienne après l’indépendance…
Absolument !
– Comment imaginez-vous le traitement de ces trois questions ?
Je pense que si ces questions avaient été traitées dès le début, on n’aurait pas eu l’islamisme.
– constate par exemple un antisémitisme primaire au sein de notre société. Le «houdi» est source de tous les maux…
C’est un phénomène nouveau dans la société algérienne. L’anti-judaïsme a toujours existé dans notre société, tout comme l’anti-islamisme a existé chez les juifs. C’est tout à fait normal, ce sont deux religions en compétition. Mais sous cette forme qui consiste à recueillir les oripeaux des poubelles de l’antisémitisme européen, c’est nouveau. On le lie généralement à la question palestinienne. C’est vrai que ça joue, mais indépendamment de cela, il y a autre chose. On a pu voir après l’indépendance que les juifs qui avaient une responsabilité importante, quand ils sont arrivés à un certain niveau, on les a envoyés paître.
– Et qu’en est-il des harkis ?
Les harkis, moi j’ai participé à pas mal d’ouvrages sur cette question. Il faut profiter de ce 50e anniversaire de l’indépendance pour l’inclure dans les phénomènes de déchirement du peuple algérien. Il ne fait pas de doute que le phénomène harki est lié à trois faits sociologiques : 1- La crise de la paysannerie. 2- Le rapport autoritaire du FLN envers des communautés rurales qui avaient des systèmes de fonctionnement et des modes de préservation de l’honneur qui ont été bafoués. 3- Le déclassement social.
– A combien évaluez-vous les supplétifs de l’armée française ?
Entre mokhaznis, harkis et goumiers, ils étaient plus d’une centaine de mille. D’ailleurs, quand on dit on en a tué 150 000, ce n’est même pas leur nombre.
Ce sont des chiffres inventés. Par exemple, dans la région entre El Harrouch et Oued Zenati, il y avait plein de tribus dont les hommes à 60% ont revêtu l’habit de goumier. C’est dû à la crise, mais aussi à la pression militaire française qui était terrible. Il faut souligner que les gens étaient aussi dans des rôles doubles. Ils n’étaient jamais pour la France ni pour l’Algérie. Leur obsession, c’était comment survivre. Il faut tenir compte de ce facteur-là. Les gens devaient survivre, sinon, ils étaient menacés de disparition. C’est pour dire que les guerres sont toujours sales, et le tout, c’est de ne pas s’y engager.
– Et concernant le départ massif des pieds-noirs, que certains comme le cinéaste Jean-Pierre Lledo décrivent comme une fracture profonde, comment le jugez-vous ?
C’est une fracture énorme, en effet, d’autant plus que l’Algérie, dans son fonctionnement quotidien, était faite pour eux. Le problème est que la question nationale doit être approchée en fonction de la prépondérance d’une majorité rurale qui n’était pas en contact avec les Français. Pour eux, ce n’était pas seulement des étrangers, c’était des ennemis. Ce n’était pas exactement le cas dans les villes où on les vivait, certes, comme des adversaires à combattre, mais on faisait la différence entre les divers groupes de Français. Il y avait des rapports humains. Mais à partir du moment où la ruralité s’est mise en marche, ça devenait un vrai problème, parce que la ruralité engageait le combat en termes de substitution pure et simple aux Français.

Mustapha Benfodil

Lu pour vous dans EL WATAN

22/05/2011

Kidnappings : La Kabylie en état de choc

La Coordination des comités de village de la daïra de Beni Douala, à 17 km au sud-est de Tizi Ouzou, a appelé à une grève générale, aujourd’hui, au chef-lieu de la wilaya de Tizi Ouzou, afin d’exiger la libération inconditionnelle de Mourad Bilek, âgé de 18 ans, enlevé le 11 mai à 8h par un groupe d’individus armé sur le CW100, entre Tizi Ouzou et son village natal, Ath Aïssi.

Cette manifestation intervient après la marche organisée, jeudi dernier, à Beni Douala, à travers laquelle la population locale a démontré sa détermination à mener la mobilisation à son terme, refusant d’abdiquer devant les groupes terroristes. Mais aussi pour dénoncer la démission des autorités devant le phénomène du kidnapping qui sévit en Kabylie depuis 2004, ciblant les commerçants et les entrepreneurs. Cette mobilisation, qui dépasse le cadre villageois pour gagner le chef-lieu de wilaya, est la première du genre à l’échelle locale et même nationale, exprimant le désarroi des citoyens face à ce climat d’insécurité qui plombe la Kabylie. Les initiateurs de cette action veulent amener les pouvoirs publics à prendre en charge efficacement les inquiétudes et la détresse de la population qui subit le diktat des groupes armés ayant trouvé refuge dans les maquis de la région. Les membres de la cellule de crise, installée au lendemain de ce rapt, ne comptent pas se limiter à cette grève générale.

Les représentants des villages et les élus de la même localité espèrent rencontrer demain le wali de Tizi Ouzou. «Nous lui remettrons une déclaration dans laquelle la population locale a exprimé son inquiétude quant à la situation sécuritaire en perpétuelle dégradation», dit le frère de la victime, qui s’est rendu hier à notre bureau. «Nous avons commencé depuis vendredi à distribuer et à placarder des affiches sur les murs de la ville de Tizi Ouzou ainsi que dans les localités avoisinantes. Aujourd’hui (hier, ndlr), une caravane sillonnera les artères de la même ville pour appeler les commerçant à adhérer massivement à cette grève dans l’espoir de voir Mourad enfin remis à sa famille», nous dira le frère de la victime. Il a esquissé l’espoir de retrouver enfin son frère cadet sain et sauf. Les commerçants que nous avons interrogés se disent prêts à baisser rideau. «C’est le moins qu’on puisse faire ; nous sommes commerçants et nul n’est à l’abri», dit un buraliste qui tient un kiosque au boulevard Krim Belkacem, à la Nouvelle-Ville de Tizi Ouzou.
De leur côté, les villageois des localités de Mechtras (Boghni) et de la daïra de Maâtkas, qui ont pu mobiliser plusieurs milliers de marcheurs, avant-hier, dans une manifestation à Mechtras, promettent de joindre leur voix à celle des citoyens de Beni Douala. «Nous sommes en contact avec les membres de la cellule de crise installée à Beni Douala. Notre but est d’interpeller les autorités et tous les citoyens de la wilaya de Tizi Ouzou, dont plusieurs familles ont vécu ce drame. Nous comptons également élaborer une déclaration commune et réfléchir sur l’organisation d’une action en impliquant toute la société», a déclaré au téléphone un membre de la cellule de crise constituée après le rapt de Hammour Ali, un homme de 71 ans enlevé il y a une semaine. Par ailleurs, la réaction des partis politiques, notamment le FFS, le RCD et le RND, que nous avons pu contacter hier, soutiennent la mobilisation des citoyens de Mechtras et de Beni Douala.
Pour M. Bouaziz, le secrétaire fédéral du Front des forces socialistes, «le problème de l’insécurité est un fléau national qui n’est pas propre à notre à notre région. L’Etat doit y remédier et assurer la protection des citoyens.» Et d’ajouter: «Nous soutenons cette initiative des citoyens, mais les politiques ne doivent pas s’impliquer dans leurs actions pour qu’il n’y ait pas manipulation.» Par ailleurs, le RND, par le biais du député Mokadem, constate qu’il y a «une amélioration sensible de la situation sécuritaire dans la wilaya», avant d’assurer la population du soutien de son parti à ce genre d’initiative «pour peu que les actions aient le seul but d’obtenir la libération des otages et qu’elles se tiennent dans la sérénité».

M. Belabbas, président de l’Assemblée populaire de la wilaya de Tizi Ouzou (à majorité RCD), condamne énergiquement les rapts et appelle la population à maintenir la mobilisation, et ce, avant de constater que «les terroristes s’en prennent à toutes les personnes qui essayent de nous accompagner dans le développement de notre région, en premier lieu les opérateurs économiques». «Nous sommes pris entre le feu du terrorisme et l’inertie du pouvoir. La preuve, il n’y a eu aucune réaction des pouvoirs publics. Les recommandations que l’APW avait transmises aux autorités centrales au sujet de l’insécurité dans la région sont restées lettre morte», conclut le P/APW de Tizi Ouzou.

Nordine Douici

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