Algérie, une seconde révolution? (5)

15 février 2011

Lu pour vous dans EL WATAN

Week-end Idées

le 18.02.11

Mouloud Boumghar : «L’annonce de nouveaux textes pour lutter contre le terrorisme est inquiétante»

Les mouvements de protestation à travers le pays, s’ils n’expriment pas nécessairement un rejet clair du régime en place, sont la preuve de sa faillite sociale et politique.

Un vent de contestation traverse le monde arabe depuis quelques semaines. Les régimes dictatoriaux arabes tremblent depuis la fuite piteuse de Ben Ali tandis que la situation actuelle de Hosni Moubarak fait craindre à ses ex-homologues de la région d’être sacrifiés par leur armée pour calmer la colère populaire. L’admirable mobilisation populaire tunisienne a fait comprendre aux Algériennes et aux Algériens que le changement de régime est possible. Notre pays n’a évidemment pas découvert la contestation en janvier 2011. Mais force est de constater que si Octobre 1988 a permis une relative ouverture, il n’a pas mis à bas le régime en place depuis 1962. Autoritaire, manipulateur, corrompu et corrupteur, il a su se renouveler à la faveur des macabres années 1990 avant de construire une apparence de stabilité à coups de pétrodollars au cours des années 2000. Marquées par l’abondance des pétrodollars, la généralisation de la corruption, l’incohérence des «politiques publiques» et les émeutes à répétition contre la mal-vie, les années 2000 sont également celles des tirs à balles réelles par les forces de sécurité contre les manifestants en Kabylie et la charte dite pour la paix et la réconciliation nationale qui prône l’oubli et consacre l’impunité.

Les situations tunisienne et égyptienne sont différentes de celle de l’Algérie. Il n’existe pas, en effet, dans notre pays un centre unique de décision politique à l’intérieur du régime tandis que la contestation y est permanente, mais reste éparpillée. Pour autant, les exemples tunisien et égyptien sont dans tous les esprits.

Faillite sociale et politique

C’est dans ce contexte que la manifestation pacifique du 12 février, à Alger et à Oran principalement, à laquelle a appelé la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) dans son ensemble a été appréciée différemment par les acteurs et observateurs de la scène politique. La CNCD y a vu un succès. A l’inverse, le régime en place, à travers ses organes de propagande, que sont la Télévision et la Radio nationales et ses supplétifs comme la responsable du Parti des travailleurs, l’a présentée comme un échec. Succès ou échec, les manifestations pacifiques du 12 février, à Alger, à Oran et ailleurs, ont montré que le pouvoir a peur de tout mouvement politique organisé, déterminé à s’exprimer pacifiquement dans les rues de la capitale ou d’autres villes algériennes.

La mobilisation de plus de 25 000 policiers dans la capitale, les centaines d’interpellations, accompagnées parfois d’une grande brutalité sur place et dans certains commissariats, ainsi que l’opération de propagande du pouvoir qui a précédé et suivi l’action du 12 février, en témoignent. Tout cela s’inscrit par ailleurs dans un contexte marqué par des manoeuvres du régime. L’annonce récente de la levée de l’état d’urgence «dans un avenir proche» faite à l’issue du Conseil des ministres du 3 février en est une. Destinée à couper l’herbe sous le pied de la Coordination et à masquer sa revendication essentielle, le changement de régime et la démocratie, elle n’a pas empêché la mobilisation de plusieurs milliers de manifestants.

Elle ne parvient pas non plus à masquer le fait que les mouvements de protestation sont nombreux et récurrents à travers le pays et que s’ils n’expriment pas nécessairement un rejet clair du régime en place, ils sont la preuve de sa faillite sociale et politique. Personne n’est dupe et personne n’a jamais cru que la levée de l’état d’urgence – qui reste à l’état d’annonce – suffirait à elle seule à faire de notre pays un Etat de droit démocratique qui respecte effectivement et sans réserve les droits de l’homme et qui assure une redistribution juste des richesses.

Fouler aux pieds les libertés publiques

A cet égard, il est utile de s’intéresser aux annonces qui accompagnent celle de la levée de l’état d’urgence. Le pouvoir tente de faire croire que l’état d’urgence a été maintenu légalement ces dernières années et dans le seul but d’assurer la coordination des services de sécurité dans la lutte antiterroriste. Parallèlement, le chef de l’Etat a chargé le gouvernement d’élaborer les «textes appropriés, qui permettront à l’Etat de poursuivre la lutte antiterroriste jusqu’à son aboutissement, avec la même efficacité et toujours (sic) dans le cadre de la loi». Enfin, le pouvoir maintient l’interdiction générale des marches dans la wilaya d’Alger. En agissant de la sorte, le régime continue de fouler aux pieds les libertés publiques et de s’inscrire dans l’illégalité. Mais est-ce vraiment étonnant de la part d’un pouvoir illégitime ? Peut-on s’attendre de la part d’un pouvoir autoritaire qui ne peut se prévaloir ni de la légitimité des urnes ni de celle de la guerre de libération et encore moins d’une indulgence populaire que lui aurait donnée une politique socioéconomique efficace, de respecter la légalité ? Il ne le peut pas, car ce serait contraire à sa nature.

Un droit fondamental vidé de sa substance

Contrairement à ce qui est soutenu dans le communiqué du Conseil des ministres du 3 février, l’état d’urgence est maintenu en violation flagrante de la Constitution. On ne peut affirmer le contraire qu’au prix d’une analyse juridique biaisée et d’un mensonge politique. Tant l’article 91 de l’actuelle Constitution de 1996 que l’article 87 de la Constitution de 1989 – qui était en vigueur en 1992 – prévoient que l’état d’urgence ne peut être proclamé que pour une durée déterminée et que sa prorogation au-delà de cette durée doit être soumise à l’approbation du Parlement. Or, le décret du 9 février 1992 a instauré l’état d’urgence pour une durée de 12 mois et sa prorogation n’a jamais été approuvée par le Parlement ni même fait l’objet d’un véritable débat public au cours des 18 dernières années. Quant à l’interdiction générale des marches dans la wilaya d’Alger, elle ne peut se prévaloir d’aucun fondement solide juridiquement, état d’urgence ou non. Faut-il rappeler que l’article 41 de la Constitution dispose que les libertés d’expression et de réunion sont garanties ? Le pouvoir exécutif n’est pas compétent pour poser une telle interdiction qui vide de sa substance un droit fondamental. Même dans l’hypothèse où l’état d’urgence aurait été maintenu dans le respect de la Constitution, le décret du 9 février 1992 ne contient aucune disposition qui permettrait de donner une base juridique à l’interdiction générale des marches à Alger ou dans une quelconque portion du territoire national.

Annonce inquiétante

La seule base de cette interdiction est l’arbitraire du pouvoir et sa capacité à user de la répression policière pour l’imposer. A cet égard, le pouvoir agit encore une fois contre la Constitution dont il se prévaut. La Constitution de 1996 consacre en effet le droit de défendre individuellement et collectivement les libertés individuelles et collectives et c’est ce qu’ont fait les manifestants du 12 février. Ils ont tout simplement exercé leurs libertés de réunion pacifique et d’expression, par ailleurs «garanties» par la loi fondamentale. En interdisant cette manifestation puis en la réprimant, c’est le pouvoir qui s’est placé dans l’illégalité. Et l’«invitation» faite aux Algériens de ne se réunir que dans des endroits clos est inacceptable. De quelle logique le régime peut-il se prévaloir pour interdire aux Algériens de s’exprimer dans l’espace public algérois ?  L’argument sécuritaire invoqué par le régime ne tient pas la route. Les autorités ont l’obligation d’assurer la sécurité des manifestants qui ne font qu’exercer pacifiquement leur liberté de réunion. Mais il est vrai que c’est trop attendre d’un régime qui n’a pas hésité à faire matraquer par la police à Alger les mères de disparus durant le Ramadhan dernier.

Aucun parti «agréé» depuis plus de dix ans

Enfin, l’annonce, qui accompagne la perspective de la levée de l’état d’urgence, de la préparation de nouveaux textes pour lutter contre le terrorisme, laisse présager de l’adoption de nouveaux textes répressifs. Cette annonce est inquiétante. L’arsenal législatif algérien est malade d’un trop-plein de lois, de pratique répressives et de dispositions d’exceptions passées dans le droit commun. Faut-il rappeler que de nombreuses associations n’ont jamais vu la couleur du récépissé du dépôt de dossier de déclaration de constitution d’association, ce qui les empêche d’avoir des activités normales ? Faut-il rappeler qu’aucun parti politique n’a été «agréé» depuis plus de dix ans ?

Ces pratiques n’ont rien à voir avec l’état d’urgence ni avec la lutte antiterroriste. Elles sont consubstantielles à un régime autoritaire. Qui et qu’est-ce qui peut garantir qu’elles cesseront une fois l’état d’urgence levé? Il est certain que ce n’est pas ce régime autoritaire et illégitime qui peut le garantir à long terme. Des représentants élus sans fraude pourront-ils effectivement contrôler le budget de l’Etat et savoir à qui profite les pétrodollars ? L’Etat engagera-t-il des procédures pour récupérer les avoirs publics détournés ? Assurera-t-il un logement convenable à tous ? Même les plus crédules des Algériens savent que ce régime ne le fera pas et ne le fera jamais. Seules de nouvelles institutions civiles bénéficiant de la légitimité des urnes et respectueuses des droits de l’homme pourront accomplir ces tâches difficiles.

Vérité et justice

La lutte antiterroriste ne peut et ne doit en aucun cas justifier de nouveaux textes juridiques répressifs. En effet, une fois l’état d’urgence levé, l’article 87 bis du code pénal qui définit le crime de terrorisme de manière «peu spécifique», pour reprendre l’euphémisme du Comité de l’ONU contre la torture, sera toujours en vigueur ; et la justice n’offrira toujours pas à tous les justiciables les garanties d’un procès équitable. Nul ne conteste la nécessite de lutter contre le terrorisme, mais cette lutte doit se faire dans le respect des droits de l’homme. Elle doit également être efficace. Mais comment peut-elle l’être à long terme quand de nombreux terroristes «repentis» sont libres, alors qu’ils sont fortement soupçonnés d’avoir commis des crimes pour lesquels la loi ne prévoit ni extinction des poursuites, ni grâce, ni remise ou commutation de peine. Quant aux familles de disparus, elles réclament encore et toujours la vérité et la justice que leur dénie la Charte dite pour la paix et la réconciliation nationale de 2005. Ainsi, la plupart des crimes commis dans les années 1990 restent impunis, que leurs auteurs soient des islamistes armés ou des membres des forces de sécurité.

Aujourd’hui, l’heure est à la mobilisation populaire pour enclencher la dynamique du changement pacifique et la marche vers la démocratie. Des jeunes, des syndicalistes, des militants associatifs et de partis d’horizons divers y travaillent. Cette action est indispensable et a besoin de l’énergie de tous ceux qui aspirent à un changement de régime. L’action ne doit cependant faire perdre de vue ni la nécessité de la réflexion préalable à l’action ni les problèmes saillants.

S’enfoncer dans une fuite en avant

Quelle que soit l’issue des mouvements qui prennent forme depuis quelque temps, notre société devra faire face aux questions de vérité et justice et y répondre pour les victimes des années 1990, mais aussi pour celles de 2001. La Coalition d’associations de victimes du terrorisme et de familles de disparus y travaillent depuis plusieurs années et a engagé une réflexion sérieuse accompagnée de propositions solides. De la même façon, notre société devra affronter les questions sociale et culturelle ainsi que celle de l’égalité entre les hommes et les femmes qui sont déjà posées. Un pouvoir politique civil doté de la légitimité populaire sera assez solide pour ouvrir et mener à bon terme un débat pluraliste sur ces sujets. Le régime actuel ne le peut pas si tant est qu’il ait jamais eu la volonté de régler les problèmes de la société algérienne.

Aujourd’hui, deux voies s’offrent à lui. Il peut contribuer à organiser, dans l’intérêt de la nation et dans le sien, une transition pacifique, rapide et ordonnée vers une République démocratique et sociale dans laquelle l’armée ne serait ni sur le devant de la scène politique ni dans ses coulisses et se consacrerait à sa mission de défense du territoire national. Dans ce cas, les Algériennes et les Algériens se souviendront que les tenants du pouvoir ont su partir dans l’honneur. Il peut également, malgré le regard extérieur, s’enfoncer dans une fuite en avant en recourant à la répression et à la violence. Dans ce cas, il aura ajouté le déshonneur à la faillite morale et politique à laquelle il a mené le pays. Il ne fait pas de doute que, là aussi, les Algériennes et les Algériens s’en souviendront.

Mouloud Boumghar

* Mouloud Boumghar est Professeur de droit public. A participé aux travaux de la Coordination nationale pour la démocratie et le changement


le 16.02.11

Des rassemblements prévus aujourd’hui et demain

Les étudiants maintiennent la pression

La réponse du ministère de l’Enseignement supérieur, le 9 février, n’a pas apaisé la colère des étudiants. Les représentants des grandes écoles et ceux de certaines universités décident de faire front commun contre le décret présidentiel n°10-315. Le retour au système classique est réclamé.


Les étudiants s’organisent. La protestation contre le décret présidentiel n°10-315 s’étend à d’autres universités. La mobilisation au niveau des grandes écoles et des universités est sans précédent. Les étudiants maintiennent la pression pour obtenir l’annulation de ce décret qui dévalue leurs diplômes. De nombreux campus, à l’instar de l’USTHB, des universités de Boumerdès, Tizi Ouzou, Béjaïa, Souk Ahras et Bordj Bou Arréridj, sont paralysés. Les contacts se multiplient ces derniers jours entre étudiants de l’ancien système à l’échelle nationale. Ils œuvrent à coordonner leurs actions à venir. L’Union des grandes écoles a déjà vu le jour. Bien que les revendications restent plus ou moins différentes, les représentants de ces écoles ont opté pour la collaboration avec les délégués des étudiants de l’USTHB dans la mesure où la revendication majeure est l’annulation du décret n°10-315. Sur le terrain, un rassemblement réunissant les étudiants des écoles nationales est prévu aujourd’hui, tandis que les délégués de l’USTHB parlent d’un autre rassemblement, demain, devant le siège du ministère de tutelle.
Il convient de rappeler que les étudiants des grandes écoles ont déjà tenu un rassemblement la semaine dernière. Ce qui a emmené le directeur de la formation en post-graduation à réagir. Mais le communiqué du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique (MESRS) paru sur son site officiel le 9 février n’a pas apaisé la colère des étudiants des grandes écoles. Après une réunion qui a duré deux jours, les étudiants de huit écoles nationales ont décidé de riposter en organisant un autre rassemblement, aujourd’hui, devant le ministère de tutelle. Les représentants des grandes écoles d’ingéniorat, réunis à l’Ecole nationale supérieure d’informatique, ont exhorté l’ensemble des étudiants à répondre massivement à la l’appel des grandes écoles.
Encadrement exigé
Pour une meilleure organisation de ce rassemblement, les membres du comité seront présents dès la matinée. Chaque école s’attellera à assurer une bonne organisation de ses étudiants. Les participants à la réunion ont demandé à leurs camarades de ramener leur carte d’étudiant afin d’exclure les extras. La réunion, qui s’est déroulé à l’ex-INI, a permis aux différents représentants des écoles ainsi qu’aux délégués des étudiants de l’USTHB, venus en tant qu’invités, de s’entendre sur la stratégie qui sera menée dans le cadre de la collaboration avec les universités. «La réunion nous a permis de concrétiser l’Union des grandes écoles d’ingénieurs», lit-on dans le compte rendu de cette rencontre, dont une copie a été transmise à notre rédaction. La réunion a permis aussi aux participants de définir les actions à entreprendre au courant de la semaine.
Un statut particulier demandé
Une plate-forme de revendications portant uniquement sur les préoccupations des étudiants des grandes écoles a vu le jour. Les étudiants des écoles nationales réclament un statut particulier qui permettra la valorisation des diplômes délivrés par ces établissements. Ils demandent également le double diplôme : le titre d’ingénieur d’Etat et celui de mastère leur permettant d’avoir tous les privilèges octroyés aux diplômés d’un mastère, en l’occurrence l’accès aux concours des bourses à l’étranger. Les étudiants revendiquent également le droit d’accès à la recherche scientifique, insistant sur la valorisation du diplôme de magistère. Ils demandent ainsi l’instauration des écoles doctorales au niveau de toutes les grandes écoles ainsi que le changement des conditions pour y accéder. Les rédacteurs de ce compte rendu n’ont pas omis d’inclure les revendications des techniciens supérieurs des étudiants de DEA. Toutefois, ils précisent que celles-ci seront prises en charge dès que les écoles concernées les communiqueront. Les étudiants des grandes écoles et ceux des universités se sont mis d’accord sur le principe d’établir deux PV différents. Cependant, pour éviter tout conflit d’intérêt, les représentants tiennent à prendre en considération les revendications de l’autre partie. Par ailleurs, une rencontre nationale réunissant les recteurs avec les responsables de la tutelle est prévue pour jeudi. Néanmoins, les étudiants demeurent sceptiques quant aux décisions qui seront prises. «Les recteurs sont des fonctionnaires de l’Etat, ils ne peuvent en aucun cas veiller sur  nos droits», a déclaré un délégué des étudiants de l’USTHB contacté hier par téléphone.

Ecoles nationales concernées :

– Ecole nationale d’informatique (ESI)
–  Ecole nationale supérieure d’hydraulique (ENSH)
–  Ecole supérieure nationale d’agronomie (ENSA)
–  Ecole polytechnique d’architecture et d’urbanisme (EPAU)
–  Ecole nationale supérieure des travaux publics (ENSTP)
–  Ecole nationale supérieure des sciences de la mer et d’aménagement du territoire (ENSSMAL)
–  Ecole nationale polytechnique (ENP)
– Ecole nationale supérieure des statistiques et d’économie appliquée
(ENSSEA)
– Et les étudiants en ingéniorat (système classique) de l’USTHB

Djedjiga Rahmani


le 14.02.11

Une autre marche samedi prochain :

La Coordination remet ça !


Maintenir la mobilisation. Après l’empêchement de son action avant-hier, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) revient à la charge. Elle décide d’organiser une nouvelle marche, à Alger, samedi prochain. La décision a été prise à l’issue de la réunion des membres de la CNCD, hier à la maison des syndicats, à Alger. La manifestation suivra le même itinéraire que celui que devait emprunter la marche de samedi dernier et qui a été violemment réprimée par la police.
L’idée d’appeler à une autre action est suggérée, dès l’ouverture des travaux de cette rencontre, par le président d’honneur de la Ligue algérienne pour les droits de l’homme (LADDH), Ali Yahia Abdennour. Prenant la parole en premier, ce dernier a, en effet, proposé des rassemblements hebdomadaires (chaque samedi) au niveau de la place du 1er Mai : «Je propose l’idée d’organiser des rassemblements chaque samedi jusqu’à ce que le peuple descende dans la rue. La révolution est dans la rue. Si nous décidons de nous réunir samedi prochain, il y aura plus du monde.» La proposition est soumise immédiatement à débat ; elle est acceptée d’emblée par les présents.
Au bout de plusieurs heures de discussions, parfois houleuses, ces derniers sont parvenus à un consensus et ont adopté, à main levée, la décision d’organiser une nouvelle marche. De plus, les membres de la CNCD se sont entendus sur le principe d’appeler à une grève générale, sans toutefois arrêter la date de cette action. «Il faudra d’abord mûrir cette idée et consulter le monde du travail avant de trancher», expliquent la majorité des intervenants.
Afin de renforcer leurs rangs, les représentants ont également décidé d’ouvrir la CNCD à d’autres organisations et acteurs de la société civile qui souhaitent adhérer à cette action. Cette réunion a été également une occasion pour les membres de la Coordination de faire le bilan de la marche de samedi dernier et de relever les insuffisances en matière d’organisation. Bilan d’abord.
Les représentants des partis, des organisations et des personnalités faisant partie de la CNCD sont unanimes : «La marche a été une réussite sur la plan politique et médiatique.» Ils mettent l’accent en particulier sur l’importance de la mobilisation populaire suscitée par cette marche. «Malgré l’état de siège, des milliers de personnes ont manifesté samedi à Alger. Il n’y avait pas que 250 personnes seulement comme l’a affirmé le ministre de l’Intérieur. Rien que dans les commissariats, il y en avait plus de 300», notent-ils. Dans ce sens, les intervenants dénoncent la répression disproportionnée exercée contre les manifestants : «Plus de 30 000 policiers ont été mobilisés pour empêcher les gens de marcher dans la capitale. De plus, un élu de l’APC d’Alger a payé des jeunes pour provoquer les manifestants avec la bénédiction de la police.»
Par ailleurs, les intervenants soulignent l’existence d’insuffisances d’ordre organisationnel qu’il faudra corriger lors de la prochaine action. En outre, les présents dénoncent «la désinformation et le traitement impartial de la dernière marche par les médias lourds, notamment l’ENTV».
Des journalistes de la Télévision nationale, venus couvrir pour la première fois une réunion de la CNCD, ont été priés de quitter les lieux. Cela a failli provoquer des mésententes entre les membres de la Coordination, puisque certains d’entre eux n’étaient pas contre la présence de représentants de l’Unique dans la salle.
La CNCD a aussi dénoncé les contradictions des autorités concernant l’autorisation des marches à l’intérieur du pays. «A Oran, Annaba et Constantine, les manifestants ont été tabassés et arrêtés», remarquent-ils.

Madjid Makedhi

le 13.02.11

Les membres de la CNCD dénoncent la répression disproportionnée de la manifestation

«Les Algériens ont réussi à braver l’interdit»

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme dénonce l’attitude des forces de l’ordre qui ont violemment
réprimé les manifestants
.
Le mur de la peur s’est effondré», «les citoyens algériens ont prouvé qu’ils rejettent le système»… Les membres de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), initiateurs de la marche d’hier, se sont montrés satisfaits de la mobilisation et de la réussite de cette action. «Les citoyens algériens ont prouvé par leur présence aujourd’hui leur attachement aux revendications de la coordination. Nous avons enregistré une adhésion populaire impressionnante», déclare Moumen Khellil, responsable de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh).

La Ligue, ajoute-t-il, dénonce l’attitude des forces de l’ordre qui ont violemment réprimé les manifestants : «La Laddh dénonce énergiquement le comportement agressif et disproportionné des services de sécurité. Le pouvoir a démontré qu’il ne veut pas d’action pacifique.» Même son de cloche chez les responsables du MDS. Pour Hamid Ferhi, cadre de ce parti, l’action a réussi sur plusieurs plans : «Malgré un impressionnant dispositif de sécurité, les Algériens ont réussi à braver l’interdit. La manifestation s’est déroulée dans le calme, malgré quelques provocations venant principalement de jeunes manipulés. Ce qui est bien est que les manifestants n’ont pas répondu à la manipulation.» Notre interlocuteur estime que près de «10 000 personnes sont passées aujourd’hui (hier, ndlr) par la place du 1er Mai». Dans la foulée, Hamid Ferhi salue l’adhésion des leaders de l’opposition démocratique à cette action : «Ce qui est bien dans cette manifestation c’est que tous les leaders de l’opposition démocratique étaient présents et ils se sont dissous parmi la population. Je pense qu’on vient de casser le mur de la peur», insiste-t-il.
Sadi : «L’histoire est en marche»
Pour Rabah Abdallah, journaliste et porte-parole du Comité national pour la liberté de la presse (CNPL), la mobilisation «était au rendez-vous».
«Il y a un besoin de s’exprimer. La preuve est là. Nous avons ici une Algérie plurielle. En dépit d’une répression terrible, des milliers de gens ont manifesté», souligne Rabah Abdallah, en mettant l’accent sur la sagesse et le calme dont ont fait preuve les manifestants. «Ce qu’il faut relever, c’est que la marche d’aujourd’hui s’est passée dans le calme. Les manifestants n’ont pas répondu à la manipulation. Il faut signaler aussi que les jeunes qu’on a manipulés pour perturber ont fini par rallier les manifestants. Cela prouve qu’on ne peut pas exploiter la détresse des gens qui ont compris qu’il faudra que ce système change», enchaîne-t-il.

S’exprimant au milieu des manifestants, le président du RCD, Saïd Sadi, assure que le changement aura lieu : «L’histoire est en marche. Le changement aura lieu d’une façon pacifique ou dans le chaos.» Salem Sadali, porte-parole du Satef, souligne de son côté «les fausses promesses du pouvoir qui vient d’être disqualifié». «Il a parlé d’une ouverture des médias lourds, mais il continue d’utiliser l’ENTV comme instrument de propagande. Le pouvoir interdit également les manifestations à l’intérieur du pays», explique-t-il. Participant également à cette manifestation, l’artiste Amazigh Kateb, fils de l’écrivain Kateb Yacine, affirme que «l’action d’hier permettra aux Algériens de reconquérir leur citoyenneté». «Nous demandons la levée immédiate de l’état d’urgence et l’ouverture du champs médiatique. J’espère que l’action du 12 février ne sera qu’un début», conclut-il.
La CNCD se réunira aujourd’hui pour décider des suites à donner à cette action.


Lu pour vous dans EL WATAN

le 11.02.11 | 12h42

Marche du 12 Février : Alger quadrillée par des milliers de policiers

Un impressionnant dispositif policier a été mis en place dés vendredi à Alger pour empêcher la marche pour le changement du 12 février 2011.

Des centaines de bus et de camions pleins de policiers, armés jusqu’aux dents, sont disposés un peu partout à travers Alger.

Même la maison de la presse Tahar Djaout est encerclée. Plusieurs camions sont stationnés devant l’entrée, avec des policiers « prêts au combat », comme s’ils voulaient faire peur aux journalistes.

Au niveau de l’hôpital Mustapha, des dizaines de véhicules de la police sont stationnés.

On nous signale la mise en place, vendredi dès le matin, de nombreux barrages filtrants sur les principales routes menant à Alger.

Des bus civils ont été réquisitionnés pour ramener des centaines de policiers à Alger, à partir de plusieurs wilayas.

EL WATAN

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