bonjour Boualem,
en ce jour où tu es officiellement reçu à l’Académie royale de Belgique,
je viens d’apprendre que notre seul écrivain résistant français va quitter notre pays,
dégoûté qu’il est,
depuis qu’il est parti de la maison Gallimard trop tiède pour son combat,
des attaques sournoises ou déclarées que la « bien-pensance parisienne » et l’ « internationale frériste » distillent dans les médias ou sur les réseaux sociaux
en particulier depuis la scandaleuse éviction d’Olivier Nora des éditions Grasset.
Et, comme tous ses amis qui connaissent le but de ses écrits et de sa vie, je le comprends , mais j’en suis triste.
Te rappelles-tu Boualem qu’en 2018,
je t’avais apporté,
au festival du livre de Mouans-Sartoux où tu signais Le Train d’Erlingen, l’exemplaire de ses Poèmes de prison que LIAO YIWU t’avait dédicacé?
Or Liao YIWU, incarcéré durant 4 ans dans les laogai chinois, était le premier poète primé par l’association Prix international du poète résistant qu’avec notre petite équipe j’ai lancée en 2014. Et notre association continue tous les deux ans à « soutenir un poète qui, dans son pays agit par ses écrits contre l’arbitraire d’un pouvoir tyrannique, qui lutte pour la liberté d’expression et qui doit souvent payer cette lutte par la privation de ses droits, de sa liberté ou par la torture »,
Et c’est notre association , avec ses 48 membres , qui a proposé l’an dernier à l’équipe du festival qui souhaitait faire résonner à Mouans-Sartoux un des textes de l’écrivain résistant emprisonné à Alger, un extrait de ta belle Lettre d’amitié, de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la terre qui se terminait par ces mots :
« La République des hommes libres existe, il suffit d’y croire. L’atteindre n’est pas si sorcier, il suffit juste d’avancer, mais en masse et bien décidé à ne pas se faire voler son rêve. »
Alors sache simplement, cher Boualem, que nous sommes nombreux à partager le même rêve pour la France… et aussi pour l’Algérie, du moins pour toi et moi qui sommes de ce pays !
Si en qualité de simples citoyens nous sommes impuissants à faire aboutir les légitimes revendications des écrivains résistants, nous avons cependant la possibilité, par des actions systématiquement répétées, de contribuer à les faire écouter par les décideurs politiques, de la même façon qu’une goutte d’eau qui tombe continuellement au même endroit finit par y creuser un trou.
Et nous sommes nombreux à espérer pouvoir venir te dire cela lorsque tu signeras ce livre qui ne sera pas qu’un journal de prison
Bien avec toi
Eveline CADUC